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Hébergeuse bénévole, elle offre un répit aux exilés de Calais

Pour pallier l’absence d’hébergements proposés par l’État à Calais, l’association Utopia 56 invite les citoyens à ouvrir leur maison aux exilés, pour une nuit ou plus. On les appelle les hébergeurs bénévoles. Rencontre avec l’une d’entre eux, Sylvie Vicente, Calaisienne. Elle a rejoint le camp de ces citoyens qui s’organisent face à l’abandon de solidarité.

Il y a d'abord la rencontre. Puis le déclic. C'était en 2016. Elle aidait à la cuisine comme bénévole sur le camp de migrants de la Linière à Grande-Synthe. Elle a vu cette famille s'approcher d'elle et lui dire: «On veut rester en France.» Sylvie Vicente se souvient surtout de la poussette qui croulait sous le poids des affaires, des «deux petits bouts». Le plus jeune avait 8 mois, le plus âgé à peine un an et demi. Elle n'a pas oublié non plus «la mine épuisée, très triste» de la maman. «Je leur ai proposé de les aider. Une réaction spontanée. J'étais prise de court», raconte la Calaisienne, mère de trois enfants. En deux semaines, elle s'organise pour accueillir ces inconnus chez elle. Ils resteront plusieurs mois. «Ils venaient d'Irak, je crois. Ils devaient être Kurdes», hésite-t-elle. «Je les ai aidés à remplir la procédure de demande d'asile avec la Cimade.» Aujourd'hui, le couple vit en Bretagne. «Les enfants parlent très bien français», sourit-elle. Elle aimerait bien leur rendre visite mais le temps manque. Sylvie vit «à 300 à l'heure», entre ses deux enfants qui vivent avec elle, son travail de formatrice en anglais dans les écoles primaires et le bénévolat.

Une partie de cartes, une douche, un lit

Depuis ce tournant, Sylvie fait de l'hébergement citoyen en lien avec Utopia56. Quand le 115 n'a plus de place, c'est chez elle que l'association humanitaire emmène les exilés fatigués, blessés. Un toit, un repas, une partie de cartes, une douche, un lit, un moment de répit. Huit heures «loin du froid, de la pluie et des policiers». Des gens qui sortaient de l'hôpital avec un traumatisme crânien ou une jambe cassée qui n'étaient pas en état de repartir dans la «jungle». Elle ajoute: «Si l'État n'est pas capable de les héberger, il faut bien le faire à sa place.» Le plus dur? «C'est dur de devoir dire Maintenant tu retournes chez toi, et chez toi, c'est là-bas, dans le bois, dans une tente.» Pourtant, elle continue à le faire «parce qu'ils en ont besoin». Elle tient aussi à rassurer. «Utopia 56 est super à l'écoute de mes besoins, mes capacités. Si j'ai besoin de quelque chose, si je suis fatiguée, si je ne peux pas héberger, il n'y a aucun souci. Ils s'adaptent.» Elle cite toujours cet exemple: «Je déteste cuisiner, j'ai horreur de ça. Avec moi, ça finit toujours par des pâtes à l'eau. Je demande à Utopia 56 et ils me ramènent la nourriture dans des bentos.» À ses hôtes, elle ne demande jamais d'où ils viennent. Et ils lui disent merci. «Et je ne demande rien d'autre. Ils sont reconnaissants de voir qu'en France, il n'y a pas que la police. Il y a aussi des gens sympas qui veulent les accueillir et qui ne les traitent pas comme des animaux sauvages.» 

Source : La Voix du Nord - Par Ariane Delepierre - 24 janvier 2021

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